junho 01, 2007

OPERA. --Le chanteur franco-portugais Jorge Chaminé est à Bayonne et à Bordeaux pour deux concerts à la mémoire d'Aristides de Sousa Mendes, le « Juste de Bordeaux et de la Côte basque

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Le baryton et le consul
:Christophe Lucet

« Aristides de Sousa Mendes m'habite depuis longtemps : il incarne cette action nécessaire que chacun peut mener en suivant sa conscience pour finir par se trouver soi-même. » Jorge Chaminé n'était pas né quand mourut dans l'oubli total l'ancien consul général du Portugal à Bordeaux, auquel des dizaines de milliers de juifs, de Tsiganes et de réprouvés de tous les pays doivent d'avoir échappé à la botte nazie en juin 1940.
Mais ce chanteur aujourd'hui célèbre n'en finit pas de méditer sur l'héroïsme d'un compatriote qui, au mépris de sa carrière, fut capable de braver les ordres du dictateur Salazar et d'accomplir, en quelques jours brûlants, la plus grande action individuelle de sauvetage de la Seconde Guerre mondiale. « Je le vois distribuant les visas à tour de bras, je pense à sa femme cuisant de la soupe pour tous ceux qui passaient au consulat, à ses 13 enfants tombés dans la misère, à sa dépouille mortelle enveloppée d'une simple robe de bure franciscaine. »


Chanter un jour en mémoire de ce « Juste parmi les Justes » était un rêve pour Jorge Chaminé. Collégien en 1970, il y songeait quand, militant de 14 ans, il fut arrêté par la police du vieux dictateur dont le régime vacillait. Enfant de la révolution des oeillets, déjà chanteur, acteur et violoncelliste, le garçon y pense encore quand il part, en 1978, conquérir Paris, dans le bus qui conduit en France les travailleurs immigrés de son Porto natal.

En huit langues. Mais ce n'est qu'en 2005, à l'Unesco, que Chaminé, devenu entre-temps un des barytons d'opéra les plus en vue de la scène internationale et l'époux de la pianiste française Marie-Françoise Bucquet, a rendu le tribut tant désiré à Sousa Mendes. Deux concerts au cours desquels cet artiste polyglotte à la voix puissante et suave, disciple de Lola Rodriguez de Aragon, Hans Hotter et Teresa Berganza, a réuni les musiques du monde en un bouquet de huit langues.
Des racines portugaises à la musique arabo-andalouse, des chants juifs séfarades à la musique tsigane, l'artiste avait dédié à Sousa Mendes un échantillon de cette « Arche de Noé » que l'héroïque consul avait improvisée en juin 1940 au bord de la Garonne. « Parmi tous ceux qu'il a sauvés figuraient des musiciens peu connus comme Korngold, et cela me touche infiniment », lâche Chaminé, qui consacre beaucoup d'énergie à promouvoir de jeunes musiciens et à animer des « master classes » que fréquentent des centaines de futurs artistes.
Artiste citoyen, maniant à la charnière des cultures l'universel langage de la musique, ce coeur généreux s'est porté aux avant-postes de la cause de la paix. Réunir des musiciens israéliens et palestiniens, et défendre le patrimoine musical moyen-oriental est un des engagements de cet « ambassadeur de bonne volonté » de l'organisation Music in The Middle East. Et l'Unesco lui a déjà décerné la médaille des droits de l'homme, en hommage aux concerts donnés et actions caritatives menées des favelas de Rio et de Bogota aux hôpitaux de Rangoun au profit de l'enfance abandonnée et souffrante.

Don de soi. C'est ce chanteur accompli musicalement et humainement que les Aquitains vont découvrir ou retrouver à Bayonne et Bordeaux. Avec deux guitaristes (Benoît Maurel et l'Espagnol Daniel Diaz), un bandonéoniste (Olivier Manoury) et un percussionniste (l'Argentin Javier Estrella), il a conçu « une invitation au voyage du Tage au Jourdain, du Guadalquivir au Rio de la Plata ». Aussi convaincant quand il fredonne le tango, les mélodies brésiliennes de Vinicius de Moraes (1) ou les fados de son pays que le grand répertoire classique, Jorge Chaminé est au sommet de son art.
Mais cette excellence n'a de sens pour lui « que si le public la partage ». Et le chanteur ne cache pas son inquiétude devant la tendance de certains artistes à oublier le service de la musique : « On donne moins. » Et c'est bien là que l'exemple d'Aristides de Sousa Mendes resurgit comme exigence du don de soi.
(1) Le label Alma Latina a publié en 2005 « Jorge Chaminé chante Vinicius » (volume 1).


Publicado por vm em junho 1, 2007 12:09 AM
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