« O Grande Conselheiro | Entrada | Mood »

agosto 12, 2005

Miguel Rio Branco


blue tango de miguel rio branco

Leio no Le Monde uma interessante matéria de Bérénice Bailly, e fico a saber que o trabalho de Miguel Rio Branco atravessou de novo o Atlântico. E depois só esta saudade lânguida do atelier de espelhos venesianos, súbtil metáfora corpórea dos reflexos do mundo abismados nas fotografias em redor. Até meio de Setembro Cris sourds estará exposta em Paris, mas a mostra retrospectiva de outros ensaios fotográficos de MRB - como este memorável Blue Tango que falava da arte da capoeira entre os meninos da rua - prolonga-se até ao fim de Novembro.





























Fotos: Blue Tango, 1984 | [ autor: Miguel Rio Branco (1946) ]




Eis o artigo:


Miguel Rio Branco ausculte la violence du monde, à travers ses images baroques
LE MONDE | Bérénice Bailly (Rio de Janeiro de notre envoyée spéciale) |11.08.05 | 13h14

C'est un homme blessé. Incapable d'oublier la violente algarade qui s'est déroulée, la veille de notre rencontre, sous les fenêtres de son appartement-atelier de Santa Teresa, à Rio de Janeiro. Incapable d'oublier que ce quartier de bohème nantie est "cerné par le tiers-monde", les favelas à quelques mètres de là. Cette dure réalité, Miguel Rio Branco la vit en son coeur. Et tout son travail s'en ressent. Certes, il a passé l'essentiel de sa vie à l'étranger, suivant un père diplomate puis ses envies de liberté. Certes, sa pratique est très éloignée de celle d'un photo reporter témoignant des difficultés de son peuple au quotidien. Mais dans ses sombres et baroques plans rapprochés, c'est toute la douleur de son pays qu'il porte et ausculte ; sa continuelle quête d'identité.


Son exposition dans l'église des Frères-Prêcheurs d'Arles en témoigne. "Cris sourds". Un travail sur la cicatrice, la souffrance, le passage du temps. Le pouvoir, l'oppression, la mort, la survie. Autant de questions très brésiliennes... "Conçue comme un film en plusieurs morceaux", elle mêle "des images de l'Amérique latine à celles des pays conquérants". Est-ce Saint-Jacques-de-Compostelle, le Portugal, La Havane ou Salvador de Bahia, que l'on découvre dans ce chaos d'images ? Peu importent les lieux, seuls immergent ces quelques mots : "la douleur, le labyrinthe de la douleur".


"MES AMBIANCES SONT NOIRES"


Rouge sang et ombres variées : la prédominance de ces sombres nuances a souvent suffi à faire passer Miguel Rio Branco pour un coloriste. Mais le jugement le fait sourire : "Mon atelier a brûlé en 1980, à Sao Paulo, et j'ai perdu dans l'incendie tous mes noirs et blancs des années 1970. Il ne m'est resté que la couleur : peut-être est-ce pour cela que l'on m'appelle un coloriste. Mais en fait j'ai très peu de couleurs, et mes ambiances sont le plus souvent noires. Peut-être faudrait-il commencer à voir un peu en bleu, mais dans ce monde, ce n'est pas évident."

"Cris sourds" construit une vanité moderne, empreinte d'une mystique qu'aucun espace n'aurait pu mettre en valeur mieux que cette superbe église des Frères-Prêcheurs. Plutôt qu'un acte de foi, son auteur la conçoit comme une digression spirituelle. "Bien sûr, explique-t-il, il y a une très forte présence catholique dans mon travail, et j'ai toujours ressenti la nécessité de croire qu'il y avait quelque chose de plus que ce moment où l'on passe sur terre. Mais je ne suis pas attaché à une religion en particulier, toutes m'intéressent : je suis chrétien ; mais au Brésil on n'est jamais seulement chrétien, il y a toujours un fond de candomblé, cette religion née des esclaves africains. Et en ce moment, je suis surtout intéressé par les religions orientales."

Vidéos projetées sur des tissus translucides, images photographiques en installation, sculptures de néons et verre brisé... L'ensemble hétéroclite présenté ici témoigne du parcours tourmenté de Miguel Rio Branco. Commençant par la peinture, dès les années 1960, pour se tourner vers la photographie en 1968, "pour aller vers plus de concret, et un peu par hasard. Mais à mes débuts, je n'avais aucune connaissance sur les photographes. Le seul que je connaissais en 1967 était Bill Brandt. J'aimais son côté ombrageux. De la même manière, quand j'ai passé deux ans à New York, de 1970 à 1972 : j'avais des contacts avec des plasticiens, jamais avec des photographes".

Aujourd'hui, c'est pour lui une certitude, il a complètement basculé vers les arts plastiques, par besoin de trouver des nouvelles formes. "Je suis un plasticien qui a un pied dans le réel : c'est tout le problème. Avant, je croyais qu'en montrant une situation dure on pouvait la changer. Avant." Avant le 11-Septembre et son cortège d'anéantissement, des hommes et des illusions. Un événement historique qui n'a pas laissé indemne son amour de la photographie. "Je suis très négatif par rapport à l'information et à la façon dont elle est mise en scène. Le basculement s'est opéré peu à peu, mais le coup fatal a été porté en 2001. La télévision a pris le dessus, définitivement, sur le documentaire. Depuis 1972, je suis correspondant de l'agence Magnum au Brésil. Mais correspondant de quoi ? La photographie de presse est de moins en moins considérée. Heureusement, Magnum n'est pas une agence figée, elle autorise les travaux personnels, et nous laisse un contrôle total sur l'image. Mais j'ai vraiment pris un tournant, pour prendre l'image de façon métaphorique, très différemment de ce que la presse peut montrer. Ce qui m'intéresse, c'est la question de l'auteur et de la liberté."

"Cris sourds". Miguel Rio Branco à l'église des Frères- Prêcheurs.
Jusqu'au 18 septembre. De 10 heures à 19 heures.
Rue du Docteur-Fanton, Arles (Bouches-du-Rhône)
Tél. : 04-90-96-76-06

Sur Internet : www.rencontres-arles.com.

Rétrospective à la Maison européenne de la photographie
Du 28 septembre au 27 novembre
Rue Fourcy Paris-4e,5-7,
Métro Saint-Paul




Ela foi ver a exposição. Deixo aqui o relato que faz:


«Lorsque l’on pénètre dans la pénombre de l’Eglise des Frères Prêcheurs, on constate que Miguel Rio Branco a installé ici un étrange jeu de lumières et de couleurs. L’exposition comporte des assemblages en damier de photographies disparates – par exemple, photographies de tableaux ou de statues versus photographies de requins – qui semblent mariées sous un sceau nouveau assurant la cohérence de leur assemblage (ambiances, textures, ensembles de couleurs chaudes et ocres opposés à des compositions froides). Ce lien est avant tout thématique : le photographe nous parle ici de pouvoir, de justice et du rôle joué, selon lui, dans ces rapports de pouvoir, par la religion. La façon originale dont Rio Branco va traiter cette question apparaît tout d’abord au moyen de quelques signes avant-coureurs qui créent une sorte de malaise : les statues religieuses paraissent en effet douées de vie. Le traitement photographique participe de cette impression étrange, l’artiste jouant sur les textures des statues christiques. Un triptyque s’attache particulièrement au rendu du volume des statues et de la pierre, avec ses veines, ses aspérités, ses nœuds. Muscles et cou noueux du corps du Christ font se confondre pierre et chair dans un même transport. Plus loin, une statue présente une pose peu conventionnelle : yeux fermés, bouche entrouverte aux lèvres charnues, les mains se touchant le torse - une posture bien éloignée des statues habituellement figées et rigides des lieux de culte.

Ce trouble gagne en intensité à la vue de photographies de peintures religieuses inquiétantes comme celle où l’on peut voir une femme en extase, défaillante : lorsque l’on détache son regard du centre du tableau, on remarque sur la droite un enfant qui la regarde avec inquiétude et effroi. Le regard de l’enfant, dans l’ombre, donne au tableau photographié une tonalité dramatique et l’extase de cette femme se charge soudain d’une atmosphère lourde et pesante, comme si elle semblait désormais victime d’une malédiction divine. Jouxtant ce cliché, une photographie d’un Christ semble aussi le montrer en proie à un mauvais sort. Cette torture intérieure habite la majorité des objets photographiés, et chacun semble en proie à une tourment qui n’épargne pas même le Christ, dont on se demande s’il est victime ou bourreau.

Le malaise qui habite les photographies de Miguel Rio Branco et qui, dit-il, l’a habité tout au long de la réalisation de ce projet, est d’autant plus impalpable et profond que l’artiste ne nous en montre que les signes, les manifestations, étant dans l’impossibilité d’en déterminer la cause. On voit là des personnages aux mains liées, des crânes en nombre, ici une ville déserte envahie par des fils tentaculaires, mais la cause de ce qui ressemble à un châtiment divin demeure insaisissable. Nous restons ignorants des raisons de cette colère divine. Violence et mort sont omniprésentes ; le danger suggéré, potentiel ou visible. Sur les murs de l’église, requins, pieuvre (animal à huit bras, symbole de l’infini, cher à Victor Hugo dans Les Travailleurs de la mer), scènes de corrida, crânes et squelettes semblent participer à une gigantesque danse macabre. Un cliché montre une statue d’un homme tranchant la tête d’un autre et le traitement de l’éclairage donne un rendu tellement réussi du volume que la statue semble sortir du plan de la photographie. Un autre triptyque présente des masques métalliques au rictus cynique, et cet univers trouble semble assaillir le visiteur de toutes parts.

Pouvoir et justice sont aussi présents en filigrane dans les deux installations sonorisées de cette exposition. Sur un grand écran, une vidéo projette l’image d’un tunnel à l’apparence anodine. Il s’agit pourtant du tunnel qui relie l’Assemblée Nationale au Sénat brésilien, passage réservé au pouvoir, sécurisé et interdit au public. Cette sphère ultra-sécurisée du pouvoir privé a pour pendant la présence insidieuse de la violence dans l’espace public, et ce jusque dans les habitacles des voitures : la seconde installation expose un amoncellement de pare-brises cassés. Cette installation avait déjà été présentée au Brésil, et les pare-brises récupérés par Miguel Rio Branco étaient à l’origine troués d’impacts de balles. Présence ostentatoire de la mort, de la violence, impuissance. Présence dissimulée du pouvoir et ambiguïté des figures religieuses. Cette exposition aux couleurs sourdes plonge son spectateur comme son auteur dans un univers inquiétant où Le Cri sourd de Münch trouverait un écho tout particulier. Un dernier aspect, et non le moindre, de cette exposition est l’effet double qu’elle produit : elle procure un effet saisissant de loin, lorsqu’on entre dans l’église, et un autre de près, une fois que l’on s’approche des photos et que l’on appréhende des détails révélateurs. L’un n’annule pas l’autre, ils semblent au contraire se surajouter tour à tour pour amplifier l’impression dégagée par ce travail remarquable, d’une intensité troublante.»

Louise Charbonnier
(juillet 2005)

Publicado por Ana Tropicana às agosto 12, 2005 04:41 PM

Comentários

Comente




Recordar-me?